Tu m'en diras tant…

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Équipe cycliste vegan radicale

Je suis tombée sur le site web d’une équipe cycliste vegan radicale d’Allemagne qui se nomme Roots of compassion. Même si leur site web est en allemand et que j’y comprends rien, j’ai réussi à dénicher une entrevue en français, parue sur La Terre d’abord!

1. Il y a désormais une équipe cycliste Roots of Compassion. C’est quoi exactement ?

L’idée derrière l’équipe cycliste était de lier notre passion pour le cyclisme avec notre conviction végane. Voilà pourquoi nous avons monté notre équipe amateur, afin de montrer aux gens que les performances sportives de haut niveau vont sans problème avec l’alimentation végétalienne.

2. Êtes-vous pour ainsi dire des amateurs, ou bien des athlètes ?

Jusqu’ici nous n’avons pas d’athlète professionnel dans l’équipe, mais tous les membres de l’équipe pratiquent leur sport à côté de leur emploi. Pour l’instant, notre spectre de performance va du hobby jusqu’au niveau qui est comparable à celui de la classe amateurs.

L’équipe étant cependant encore très jeune, cela laisse certainement encore beaucoup de marge pour le futur.

3. Les membres de l’équipe cycliste sont vegans. Cela signifie quoi pratiquement, quand on est unE athlète?

Dans un sport d’endurance, il y a une exigence maximale pour le corps, il est donc important de connaître précisément les besoins du corps et d’adapter l’alimentation par rapport à cela, vu qu’un entraînement optimal et la régénération ne peuvent réussir qu’avec un régime alimentaire équilibré.

Que cela soit possible avec une alimentation végétalienne, cela est déjà montré par beaucoup d’athlètes dans des sports d’endurance, comme le triathlète Brendan Brazier, l’ultra-marathonien Scott Jurek, ou l’athlète Carl Lewis.

Nous espérons bien entendu que cette tendance se poursuive à l’avenir et que le nombre de sportifs végétaliens grandisse.

4. Vous avez désormais même un maillot d’équipe…

Tout à fait ! Et tout le monde peut le commander chez nous, afin de montrer également à vélo sa conviction végane. Je pense que c’est une bonne possibilité de promouvoir le véganisme et de dissiper les préjugés sur l’alimentation végane.

5. Est-il possible de participer ?

Oui, nous demandons à toutes les personnes qui commandent le maillot d’envoyer une photo les montrant à l’entraînement avec le maillot.

Par ailleurs, nous envisageons pour la saison 2012 la participation à plusieurs courses cyclistes en Allemagne, ainsi qu’une équipe végane !

Si vous avez des questions ou bien êtes intéressés, vous pouvez nous contacter sur notre page Facebook, ou bien sur notre site.

La violence dans une crise politique

Source de l’image

Je me permets de publier ici cette intéressante vidéo, réalisée par la Boîte Rouge, le média du mouvement étudiant. Composée d’étudiants en communication de l’UQAM notamment, la boîte tente d’offrir une vision différente du mouvement étudiant. Cette entrevue (sans questions) avec Francis Dupuis Déri est particulièrement intéressante. Ce dernier est professeur de science politique à l’UQAM et s’intéresse particulièrement à l’histoire des mouvements altermondialistes, féministes et aux black blocs. L’entrevue apporte un autre angle d’analyse de la question de la violence en temps de crise politique, comme outil de création d’un rapport de force. Le but, avec cet article, est aussi de susciter un débat sur cette plateforme par rapport à la question. Bon visionnement.

Red Square Revolt

Voici un intéressant vidéo / documentaire en anglais que j’ai trouvé sur le blogue de Glen E. Friedman, un New Yorkais. Je vous encourage à partager la vidéo avec vos ami-es et connaissances anglophones. L’information de qualité sur le conflit est beaucoup plus difficile à trouver en anglais. Bon visionnement.

Identification des policiers : l’impunité

Je suis restée silencieuse depuis le début de cette grève. J’ai choisi de m’impliquer autrement que sur le web. J’ai préféré goûter physiquement à ce qui se passait. Je reprends du service aujourd’hui, profondément marquée par les trois derniers mois. Je suis une étudiante normale, moyenne. Seize semaines de grève (et ça continue) laisseront des marques dans ma mémoire, ma conscience et mes valeurs. Je ne perçois plus le Québec et notre société de la même façon; un retour en arrière est impossible.

Pour ce premier article come back, je tiens à me pencher sur la question de l’identification des policiers. Suite à quelques bouts de ruban adhésif sur les casques de certains policiers, on a soulevé un tolé. Les forces policières tenteraient-elles de dissimuler leur numéro de matricule? Deux collègues du Globe ont d’ailleurs écrit sur le sujet, ici et . Ils soulèvent des points intéressants et je me permets de me faire du capital éditorial sur leur dos en poussant la réflexion plus loin.

Depuis le début du conflit, il est évident que l’identité des policiers est gardée secrète, sinon habilement dissimulée. J’ai participé à l’Équipe de surveillance des interventions policières mise sur pied à l’UQAM. J’ai passé des dizaines de manifestations à noter les manquements au fameux article 5 du Code de déontologie. Les policiers à vélo posent un problème particulier. Leur dossard jaune couvre leur nom de matricule, habituellement visible sur leur poitrine. Je n’ai jamais vu un policier à vélo identifié. S’ajoute à cela la problématique des groupes d’intervention (l’anti-émeute). Leurs noms sont brodés sur des écussons, en gris foncé sur fond bleu marin. À moins de disposer d’une vision anormalement pointue, impossible de lire quoi que ce soit, surtout pendant les interventions de nuit. Les policiers de quartier avec leurs dossards jaunes et leurs matraques sont aussi souvent non identifiés ou mal identifiés. Le numéro du casque reste douteux; des sources affirment qu’il s’agit de numéros bidons. Parfois trois chiffres, parfois quatre, jusqu’à cinq à la SQ. Rien à faire, ça n’aide pas grand chose. Enfin, quand bien même ce fameux numéro serait utile, la plupart des policiers le camouflent de façon habile. La visière des casques comporte une bande noire de plastique dans la partie supérieure. Lorsque positionné correctement, cette bande cache le numéro inscrit à l’avant du casque, ce qui rend à toute fin pratique impossible d’identifier celui qui le porte. Certains ont perfectionné cette technique, de sorte que la visière, qu’elle soit levée ou baissée, cache toujours le numéro de matricule.

Il est évident de que tels manquements, à mon avis, ne sont pas le fruit du hasard. Il s’agit d’une pratique systématique qui révèle un problème et un ordre systémique. L’impossibilité d’identifier les policiers créent des problèmes. Au delà des difficultés lors d’une plainte en déontologie, cela assure aux policiers une impunité quasi absolue. L’impunité, c’est l’absence de peine. Cela signifie donc qu’il est impossible de condamner les coupables pour des gestes inacceptables au sens de la loi. Depuis le début du conflit et particulièrement depuis la mise en place de la loi 78, il existe un débat à savoir si l’on est dans un état de droit ou un état policier. Un état de droit se caractérise par la primauté du droit, etc. Un état policier se caractérise quant à lui par la dictature des forces policières et armées qui détiennent le pouvoir. Le système juridique, dans un état policier, peut aussi servir à renforcer ou complémenter le pouvoir des forces policières et armées. Donc, le fait qu’il y ait primauté du droit, si les lois sont injustes, inégalitaires et immorales, n’empêche pas que l’on soit dans un état policier. Il y avait des lois et un système judiciaire en Allemagne nazie.

Si le gouvernement du Québec, le SPVM et le maire de Montréal et autres supporteurs des policiers pourraient m’expliquer cette fâcheuse tendance à dissimuler les numéros de matricule, je serais bien curieuse d’entendre les raisons. À les entendre, les forces de l’ordre (sic) font un travail exemplaire. Peut-on donc nous dire pourquoi il est impossible de les identifier? Parce qu’avec la loi 78 et cette impunité policière, on glisse dangereusement vers un état policier.

Une lettre ouverte fort intéressante

Je me permets de reprendre ici une lettre ouverte qui est arrivée cette fin de semaine dans ma boîte aux lettres et qui a paru sur La Lanterne. L’auteur y parle notamment de la question de la valeur du diplôme et des frais de scolarité. La lecture en vaut la peine.

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Monsieur le Premier ministre, je vous fais une lettre que vous ne lirez pas, quand bien même vous en auriez le temps.

Il y a dix ans, on m’a fait venir à l’Université de Montréal pour contribuer à l’excellence en enseignement et en recherche en bio‐informatique, un domaine émergent particulièrement important pour la médecine moléculaire. Pour me faire quitter mon poste de directeur de recherche au CNRS en France, on m’a offert une chaire de recherche du Canada, qui non seulement me fournissait des fonds pour effectuer mes recherches, mais aussi une prime de 30 000 $. Mieux encore, le gouvernement du Québec m’a exonéré d’impôt provincial pendant les cinq premières années. J’aurais dû me méfier, mais les scientifiques sont fort naïfs. Comment considérer qu’un gouvernement est sérieux dans son support à l’université quand il exonère d’impôts les plus riches, mon salaire étant en effet d’environ 100 000 $ ?

En fait, ces considérations financières avaient peu d’importance. L’excellence universitaire, exercice humain très demandant et très délicat, nécessite avant tout un cadre favorable. J’étais donc attiré par un environnement de recherche humainement riche au département de biochimie, et par le Québec, un pays démocratique, respectueux des droits, avec un enseignement de qualité, où il faisait bon vivre. Même si cette vision idyllique s’est un peu modifiée au fil du temps, je n’ai jamais envisagé de revenir en France. Non seulement j’ai payé mes impôts provinciaux avec plaisir il y a cinq ans, mais j’ai aussi choisi de transformer la prime en subvention de recherches pour recruter des étudiants supplémentaires. Bref, tout allait bien jusqu’il y a 100 jours.

Avant de revenir sur ces 100 funestes jours, je tiens à vous indiquer, Monsieur le Premier Ministre, en utilisant un langage économique que vous affectionnez, que mon retour sur investissement est excellent. Mon immodestie, qui est probablement la seule chose que je partage avec vous, n’en souffrira pas. Excusez-­moi pour la nécessaire technicité de ce paragraphe. Le principal critère pour évaluer la recherche fondamentale est le nombre de publications, surtout dans les meilleures revues scientifiques (seules les publications dans lesrevues Nature et Science sont prises en compte dans le célèbre, bien que critiquable, classement des universités réalisé, par exemple, par l’Université de Shanghai), et le nombre de citations. Avec une petite équipe et des moyens financiers relativement modestes, notre travail s’est traduit par quatre publications dans Nature et Science (l’Université de Montréal dans sa totalité en a publié 49 depuis 2003) et a reçu plus de 1000 citations en 2011. Demandez à vos experts, vous trouverez très peu de chercheurs au Canada, voire aux États-­Unis, ayant une productivité aussi grande, c’est-à­-dire un impact scientifique par dollar investi. Je pense donc avoir rempli ma part du contrat et contribué à l’excellence de la recherche scientifique québécoise.

Depuis 100 jours, tout a changé pour moi. Un mouvement étudiant, massif, démocratique, a soulevé une question primordiale, les frais de scolarité universitaire que votre gouvernement a décidé d’augmenter de 75% sur 5 ans, paraît-­il pour favoriser l’excellence dans la recherche. Faire payer aux étudiants la recherche de pointe, est-­ce une bonne idée ? 100 jours de grève étudiante et aucune négociation, ou si peu. Pire encore, 100 jours de grève étudiante et quasiment aucun débat sur cette question. Tout a été fait pour parler d’autres choses que de l’excellence en enseignement et en recherche. Est-­ce un boycott ou une grève ? Une vitrine brisée par ci, un parcours non annoncé par là. La condamnation de la violence par les associations étudiantes est-­elle suffisante ? En même temps, malgré des blessés graves, nous n’avons jamais entendu le gouvernement appeler à limiter la violence policière, j’y reviendrai.

Monsieur le Premier Ministre, pourquoi donc le Québec et le Canada recrutent­‐ils les chercheurs d’excellence préférentiellement dans des pays où l’éducation est gratuite, ou à tout le moins très peu chère, comme la France, la Chine, l’Allemagne, l’Argentine, l’Autriche, l’Inde ou la Russie ? Pourquoi les recrutements n’ont-­ils pas lieu dans les pays où les frais de scolarité sont très élevés, comme les États-­Unis d’Amérique ? Pourquoi ces mêmes États-­Unis sont-­ils contraints de recruter autant d’étudiants et de professeurs à l’étranger si leur système d’éducation très couteux pour les étudiants est si performant que le Québec se doive de l’imiter ? Sans prétendre résoudre ce paradoxe, je peux apporter quelques éléments de réflexion. En transformant les étudiants en clients, on introduit plusieurs moyens de pression permettant de dégrader fortement l’excellence de l’enseignement, et par là même l’excellence de la recherche, qui rappelons-­le repose avant tout sur les étudiants. Les clients achètent leur diplôme, et ils s’attendent donc à l’obtenir, même s’ils n’ont pas le niveau. Ensuite, l’université a tout intérêt à garder ses clients, puisqu’ils constituent leur principale source de financement. La pression se transmet aux professeurs, qui doivent réduire le taux d’attrition au maximum. Dans ces conditions, pourquoi faire échouer un client à un examen, puisque cela réduirait les ressources de notre département et de notre université, allant à l’encontre de l’intérêt du professeur ? Les professeurs, qui, vous l’avez peut-­être oublié, Monsieur le Premier Ministre, sont avant tout des êtres humains, se trouvent tous les jours face à des étudiants, qui sont aussi des êtres humains, mais des êtres humains luttant pour survivre dans un monde où les richesses sont de plus en plus accaparées par une petite minorité. Comment, humainement, peut-­on refuser un cours à un étudiant sérieux qui a travaillé fort et qui s’est lourdement endetté, mais qui est juste en dessous du niveau requis pour satisfaire aux hautes exigences du savoir intellectuel actuel ? Comment peut-on, humainement, laisser un jeune avec une grosse dette et sans diplôme ?

Aucune des pressions induites par le clientélisme universitaire n’est à elle seule décisive pour dégrader la qualité de l’enseignement. Mais elles vont toutes dans ce sens et il y a fort peu mesure gouvernementale pour soutenir l’excellence dans l’enseignement, la bonne volonté des étudiants et des professeurs nous préserve, pour combien de temps encore, du naufrage. Aux États-­Unis, où les études sont très chères depuis longtemps, les notes finales d’un étudiant sont corrélées positivement avec le montant des frais de scolarité, est‐ce bien sérieux ! La dette étudiante y est actuellement de plus de mille milliards de dollars, et l’enseignement est déjà sévèrement dégradé. Une question cruciale est de savoir comment elle sera remboursée, si tant est qu’elle puisse l’être. Monsieur le Premier Ministre, oui, la question des frais de scolarité et de l’excellence universitaire est très complexe et ne peut pas se résoudre par une loi spéciale, mais par un large, long et difficile débat démocratique.

Débat démocratique, mais quel étrange concept viens­‐je d’évoquer ? La démocratie semble se résumer, pour vous, au seul dépôt dans l’urne d’un bulletin de vote tous les quatre ans. Mais comment croire que l’on puisse décider intelligemment de toutes les questions complexes auxquelles notre monde est confronté par un seul bulletin ? Quel n’a donc pas été mon désespoir quand une association étudiante, la CLASSE, a été vilipendée, insultée, trainée dans la boue parce que ses représentants respectaient le mandat qui leur avait été confié lors de votes démocratiques ! Quelle horreur, des élus qui refusaient d’abuser de leur pouvoir, qui refusaient de faire passer leur opinion personnelle en lieu et place de celle des gens qu’ils représentaient, et outrage inimaginable, osaient affirmer qu’ils allaient consulter leur base ! Monsieur le Premier Ministre, comment puis‐je accepter de voir ainsi bafouer les principes fondamentaux de la démocratie par un gouvernement censé oeuvrer pour l’épanouissement de la démocratie ?

La vraie démocratie, qui n’est pas la dictature de la majorité, doit mettre en oeuvre de multiples systèmes, des contre-­pouvoirs, pour garantir les droits de tout un chacun. Comment peut-­‐on respecter les minorités, si seul un vote tous les quatre ans est considéré comme suffisant ? Or, du fait du baby boom, les jeunes, les étudiants, constituent une petite minorité au Québec. Il y a plus de personnes de plus de 75 ans que de jeunes de 15 à 19 ans, fraction de la population qui de toute façon n’avait pas le droit de vote lors des dernières élections. Il y a seulement 500 000 jeunes de 20 à 24 ans, mais plus de 2 millions d’ainés âgés de plus de 65 ans. Dans un tel contexte, et sans un long débat, quelle est la chance de faire passer l’idée d’études universitaires presque gratuites garantissant l’excellence de l’enseignement, alors que l’impact concret d’un tel choix servira l’intérêt des Québécois dans 10, 20 ou 30 ans, avant l’idée d’une baisse immédiate des impôts ?

Cent jours de lutte menée par des centaines de milliers de jeunes Québécois n’ayant comme seul pouvoir que des manifestations pacifiques et le sacrifice de leur propre session. Et quelles réponses le puissant gouvernement québécois a-t-il fourni ? Le mépris, l’absence de dialogue, la répression et maintenant une loi spéciale qui réduit la liberté d’expression de tous et qui laisse à la police, et bientôt peut-­être à l’armée, le soin de régler la question de l’excellence universitaire. Il n’est nul besoin d’être grand clerc pour imaginer la violente répression qui sera nécessaire pour arrêter un mouvement si profond, si massif, si motivé. Chaque fois que mes enfants, ou leurs amis, sortent le soir, c’est avec la peur au ventre que j’attends leur retour, sursautant à chaque coup de téléphone qui pourrait m’annoncer la perte d’un oeil, un traumatisme crânien, voir pire. Oui, je sais, la police fait un métier difficile, oui il y a de très rares casseurs qui veulent en découdre et se cachent parmi la foule, oui il y a maintenant beaucoup de fatigue. Les conditions sont réunies pour que de graves bavures se produisent. Monsieur le Premier Ministre, agissez pour qu’elles ne se produisent pas, soutenez les policiers qui font bien leur travail et condamnez ceux qui abusent de la violence, comme par exemple à la brasserie Saint-­Bock. Croyez-­vous vraiment que poivrer des touristes va permettre de recruter des chercheurs d’excellence et de former d’excellents étudiants ?

Cent jours de lutte à mains nues face à un pouvoir sourd, autoritaire et violent, peuvent-ils s’expliquer seulement par la question des frais de scolarité et de l’excellence universitaire ? Que nenni. La jeunesse sent bien, voit bien que notre modèle de société est en train de s’effondrer ; tous les marqueurs sont au rouge : un environnement social dégradé, marqué par une montée indécente des inégalités ; un environnement biologique dégradé, avec une disparition accélérée des espèces et des écosystèmes ; un environnement physique dégradé, avec le réchauffement climatique et les multiples pollutions chimiques ; un épuisement généralisé des ressources, qui oblige à exploiter à grands frais les sables bitumineux, les gaz de schiste, les métaux au fond des océans ou dans le Grand Nord ; un système financier démesuré, mais qui ne survit qu’à force de subventions, générant une dette publique impossible à rembourser. Ces cent jours de lutte sont un extraordinaire cri de désespoir de notre jeunesse, désespoir qui s’est cristallisé sur la question des frais de scolarité, mais qui dénote un très profond malaise sociétal.

Le Québec est le premier pays riche à prendre massivement conscience du mur dans lequel nous sommes en train de nous enfoncer avant que la crise économique se manifeste de manière évidente comme en Grèce ou en Espagne. Monsieur le Premier Ministre, vous avez l’opportunité extraordinaire de disposer d’une jeunesse courageuse, innovante, politisée, prête à explorer un nouvel avenir qui nous fera éviter tous les graves dangers évoqués plus tôt. Ou alors, souhaitez-­vous choisir l’obstination, l’aveuglement, la répression, la violence et m’obliger à vivre dans un autre pays où la démocratie, l’éducation, la nature… Bref : la société humaine, pourront s’épanouir ?

Hervé Philippe
Professeur titulaire,
Chaire de Recherche du Canada en Bioinformatique et Génomique Evolutive,
Département de Biochimie – Université de Montréal

Le syndrome de la peur

Depuis le début de la grève étudiante, je suis restée silencieuse sur les internets, mis à part une montée de lait ponctuelle. Je fais partie d’une de ces associations étudiantes "radicales" : une parmi les premières à déclencher la grève générale illimitée, une où les votes de grève se prennent à main levée en assemblée et une où l’on a choisi de reconduire la grève jusqu’à ce que la ministre annonce le gel des frais de scolarité au niveau de 2012. Comme diraient certains, on est jusqu’au-boutistes. Si je sors de mon mutisme aujourd’hui, c’est pour parler de ce que je nommerai le syndrome de la peur dans le contexte de grève. Il faut noter d’emblée que tous peuvent en être atteint, étudiant ou non.

D’entrée de jeu, je dois spécifier que ce syndrome touche les deux côtés du camp étudiant : les rouges et les verts. Chacun a, dans son for intérieur, bien peur. Peur de choses semblables : de devoir reprendre les cours en condensé, d’avoir un été raccourci et de choses différentes : peur de perdre cette bataille, peur de sacrifier toute une future génération, peur de mettre en péril l’héritage politique québécois, peur de ne pas réussir à faire de l’université un milieu élitiste, etc. Sur ces peurs différentes, peu de débat semble possible. À ce point-ci du mouvement, les gens ont majoritairement fait leur idée à propos de la hausse des frais. Ce qui revient ad nauseum en assemblée générale, dans les médias et ce sur quoi jouent les administrations et notre pseudo ministre de l’éducation, ce sont les peurs communes.

L’apparition du syndrome de la peur est plus précoce chez certains que d’autres. De plus, tous ne l’abordent pas de la même façon. Il semble crucial, en ce moment, d’analyser notre réponse face à ce syndrome et voir comment cela profite ou nuit au mouvement. S’il est difficile de contrôler l’apparition du syndrome, il est certainement possible, et même fortement souhaitable de le contrôler. D’abord, il faut voir que la peur provient d’une situation d’ignorance : on ne sait pas quand la grève se terminera, et on ne sait pas de quelle façon elle se terminera. On peut certes avoir nos théories personnelles sur le sujet et y croire de façon quasi religieuse (on dira alors qu’on croit que x arrivera). Toutefois, peu importe nos certitudes et la complexité de nos hypothèses, la logique nous pousse à constater que nous sommes tous dans le même bateau à moins d’être omniscient. Nous ne connaissons pas l’issue de la situation.

Maintenant, on peut adopter plusieurs positions. Une d’entre elles, malheureusement trop commune, consiste à paniquer, à affirmer que la grève nous mène vers une impasse insurmontable et qu’il est imminent de rentrer en classe pour éviter les scénarios que l’ont s’est inventés et auxquels ont a décidé de croire. Une autre position consiste à rationnaliser en analysant l’information disponible. Cela peut nécessiter par exemple de contacter la direction de son programme pour connaître les scénarios de reprise de cour, évaluer la situation pour son emploi d’été en comprenant que notre patron ne vit pas sur une planète et est au courant de la grève, etc. Il faut constater que, dans les deux cas, les individus sont touchés par le syndrome de la peur (à moins de se foutre complètement de la poursuite/réussite de ses études). Ce qui diffère, c’est la manière de réagir, de répondre à cette peur. Dans l’un des cas, on choisit d’abdiquer par crainte. Dans l’autre, on fait preuve de courage et de rationalité.

Le but de cet article n’est pas de pointer du doigt, de ridiculiser ou de décourager. L’objectif est de démontrer que l’on ressent tous, de façon générale, les mêmes sentiments dans la présente situation. Il est cependant possible d’utiliser notre capacité à raisonner et rationaliser pour passer au delà du sentiment de peur qui puisse nous habituer. Il est évident que tous n’ont pas les mêmes aptitudes à faire cela. Je ne crois pas qu’ils soit productif d’accuser d’un côté comme de l’autre. À ce moment-ci du mouvement, il est crucial que nous fassions preuve de courage, et ce, plus que jamais. Le syndrome de la peur peut être traité par un remède que l’on possède tous : notre capacité à communiquer. Il ne s’agit pas ici de se convaincre d’une fin toute rose de ce conflit; cela serait hypocrite. Il faut plutôt discuter de nos peurs, et surtout les rationaliser collectivement.

La ministre Beauchamp, le premier ministre Charest, les directions des cégeps et des universités comptent grandement sur ce sentiment de peur qu’ils tentent eux-mêmes de semer dans la population étudiante. Le bon vieux truc de l’épouvantail. La piastre à Lévesque, mouture 2012. Ne tombons pas dans le panneau de ceux qui veulent nous faire abdiquer. Notre mouvement vaut bien mieux que cela.

Fuck your heroes, and fuck you too

Le premier fuck you va aux manifestants qui scandent "on reste pacifique" durant les manifestations. Fuck you. Si j’ai envie de me faire arrêter pour péter des vitres, c’est mon problème. Si j’ai envie de me faire arrêter pour de la désobéissance civile, c’est mon problème. Si j’ai envie de taguer une voiture de police ACAB, c’est mon problème. C’est pas avec des fleurs et des signes de peace qu’on va faire reculer ce gouvernement. On n’est pas en Inde avec Gandhi les petits amis. On est en 2012, on fait face à de la répression politique et policière et il est temps qu’on se lève debout. Si ça vous écoeure que ça brasse trop dans les manifestations, bien continuez de faire vos pétitions, vos "actions symboliques", vos marches silencieuses et vos lettres d’opinion. Vous pourrez même partir une page facebook, du confort de votre salon, pour protester contre les mauvais "extrémistes", "récalcitrants", "casseurs" et "fouteurs de trouble". Sinon, foutez la paix à ceux qui veulent utiliser autre chose que des tactiques victimisantes et enfantilisantes dans cette lutte. Vous trouvez que ça brasse trop ici? Z’avez pas mis les pieds en Europe ou en Amérique du sud vous là. Z’étiez pas là en ’68 non plus. Peut-être étiez-vous à la version édulcorée montréalaise de Occupy par contre. On s’asseoit en rond, on chante des chansons et on espère que le monde change. Continuez à espérer, pendant ce temps là il y en a qui veulent lutter. La prochaine fois dans une manif, avant de vouloir pointer du droit des extrémistes du black bloc et d’essayer de les marginaliser, dites-vous qu’il est fort probable qu’ils soient des militants vétérans avec plus d’expérience que vous et probablement aussi une pensée politique mieux articulée et développée. Et si jamais vous décidez de vous éduquer, prenez de le temps de lire cet article (en anglais) de Francis Dupuis-Déri, professeur à l’UQÀM. [1]

Par ailleurs, je me permets de souligner l’hypocrisie générale face à ce qui constitue de la "violence". On permet de tuer, chaque année, des milliers d’animaux. Cela ne constitue pas de la "violence", seulement un mal nécessaire pour que l’on puisse profiter d’un steak au souper. Le fait de lancer des pétards, de faire des graffitis et le vandalisme ciblé seraient par contre des actes de violence. Aucune vie humaine (ou animale) n’est enlevée dans ces cas-là. Pourquoi le fait de tuer des animaux ne constitue pas de la violence, alors que de lancer des balles de peinture dans une vitrine oui? Est-ce qu’on est rendus aussi incohérents que ça? La gang dans les manifs qui scandent "on reste pacifique", êtes-vous pacifiques quand vous êtes dans un supermarché à faire votre épicerie? Êtes-vous pacifiques quand vous achetez vos jeans à 15$ ches H&M, produits en Chine par des gens exploités? C’est ce que je me disais. Fuck you.

Le deuxième fuck you s’adresse aux étudiants en arts undergrad de McGill. [2] Non à la grève. Pas que je sois surprise. Vous venez du ROC et des États-Unis. Vous en avez probablement rien à foutre, en général, de nos revendications sociales. Comme les commentaires lus sur le site de CBC, vous pensez probablement que les étudiants québécois sont de gros enfants gâtés et que vous voulez pas risquer de "perdre votre session" pour une bande de radicaux qui ont toujours eu tout cuit dans le bec. Fuck you. Fuck you and your stupid money and your apathy. Fuck you for not standing in solidarity with us. Solidarity: have you already forgotten what the word means? Have you ever learned what the word means? This is not your fight? You decided to come study here, bear the consequences. If you aren’t willing to take an active role in a society you chose to live in and defend its interests, then fuck you. If you think I’m a racist Quebecer for writing this, fuck you. McGill, wake the fuck up! You missed the chance to be part of history with us. To stand with the Quebec people for once. To build relations between french and english universities. To be progressive. You decided to stay convervative (anti progressive I would write) and stay out of the battle. You decided to let your brothers and sisters who have been striking for 4 weeks now down. That is your choice McGill, but don’t be surprised if we don’t want to be friends with you anymore. Remember when students from other universities supported you during the occupation earlier on this semester? Remember that? Don’t think you remembered last night during the vote.

Stay in your own little bubble on campus McGill. Keep drinking at irish pubs and being obnoxiously loud in the ghetto. Keep thinking this is not your fight. We’ll keep up the battle for an equal access to education. You can thank us later. But for now, fuck you.

[1] Si c’est trop "violent" pour votre goût de lire un article gratuitement, vous pourrez toujours acheter le livre (en français) sur le même sujet.
[2] Arts en anglais fait référence aux sciences humaines, notamment : histoire, philosophie, travail social, études féministes, etc.
[3] Le titre de cet article est inspiré des livres de Glen E. Friendman. Son premier livre s’intitule "Fuck Your Heroes" et le second, "Fuck You Too".

Grève et manifestation : réponse au SPVM

Source

La manifestation étudiante de mercredi dernier devant les bureaux de la CRÉPUQ s’est malheureusement terminée par un coup d’éclat. Fumigènes, bombes assourdissantes, blessés et arrestations. L’intervention du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment après la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux [1]. Ian Lafrenière, relationniste du SPVM, a fait de nombreuses déclarations malhonnêtes pour justifier l’intervention policière. Il convient de rétablir les faits.

1. Les manifestants n’ont pas fourni le trajet aux forces policières.

Il n’existe aucune obligation légale de fournir le trajet de la manifestation aux forces policières. Il est surprenant que l’on assimile cela à un manque de collaboration de la part des étudiants. Plusieurs autres groupes, souvent méfiants de la police, font de même lors de leurs manifestations à Montréal. Certes, le travail de la police serait facilité s’ils avaient notre trajet. On peut aussi pousser plus loin et dire que leur travail serait plus aisé si on ne manifestait pas tout court! Le but de cette manif-action (différente d’une manifestation ordinaire) était d’avoir un effet surprise. Il va sans dire que cet effet n’aurait pu être créé si on avait révélé au SPVM le plan d’action! Les manifestants, à l’exception des organisateurs, ne connaissaient pas non plus le trajet. Le but d’une manif-action est de créer un buzz et de déranger le déroulement normal des choses. Ce n’est pas le genre de manifestation qu’on fait à la légère, ni avec des fleurs à la main. [2]

2. Des projectiles ont été lancés aux forces policières.

Selon différentes versions des faits, il y aurait eu des balles de neige et possiblement un coeur de pomme lancés aux policiers anti émeute. Est-ce qu’on peut utiliser notre bon jugement ici? Est-ce que le fait qu’un (ou qu’une poignée) d’individu(s) lance des balles de neige aux policiers – en costume anti émeute! – justifie que l’on utilise des armes de contrôle des foules et de surcroît de façon irresponsable? Est-ce que nos policiers sont trop incompétents pour être en mesure de cibler ces individus et de les arrêter, sans devoir tourner la manifestation en une scène digne de l’Égypte? Si les policiers sont le bras armé de l’État (à l’interne), possèdent le monopole de la violence légitime et ont le devoir de faire respecter la loi, on pourrait au moins s’attendre à ce niveau là de compétence! À mon avis, les "projectiles" n’étaient qu’une piètre excuse, utilisé de façon maladroite par le SPVM, pour justifier la présence des escouades tactiques (et leur salaire de la journée). Comme le disait Manuel Johnson, étudiant en droit à l’UQÀM :

Mes enfants me lancent souvent des balles de neige. Je ne leur rentre pas dedans avec une matraque et le poivre de cayenne!

3. Des personnes désiraient se rendre dans l’édifice pour y recevoir des soins médicaux.

Le 500 Sherbrooke ouest abrite la CRÉPUQ, mais aussi une clinique médicale et pédiatrique. Selon Ian Lafrenière, des personnes désiraient se rendre dans l’immeuble pour y recevoir des soins médicaux, ce qui justifie l’intervention policière. D’abord, j’aimerais préciser que les manifestants auraient certainement été enclins à négocier un "droit d’entrée" pour les personnes désirant recevoir des soins médicaux. Par ailleurs, l’intervention policière bâclée, et, je le répète, l’utilisation démesurée des grenades assourdissantes et autres armes non létales n’était en aucun cas nécessaire pour libérer l’entrée de l’édifice. Au lieu de se pointer avec l’escouade anti émeute et de faire son spectacle, le SPVM aurait pu adopter une position plus souple. Cela aurait non seulement permis d’éviter des "débordements" (de leur part), mais aussi de sauver l’oeil de Francis Grenier. Comme je l’ai déjà dit, le SPVM doit adopter une autre tactique d’intervention (de négociation plutôt) s’il désire conserver sa crédibilité et sa légitimité.

4. Les étudiants ont refusé de quitter après l’avis.

L’avis de dispersion (attroupement illégal) a été donné par Marc St-Cyr, chef du PDQ 20, à 13h32. Comme dans la plupart des manifestations, les participants qui ne se trouvent pas un rayon de 25 mètres des haut-parleurs ne peuvent entendre le message. Bref, sans le savoir, ils font ainsi partie d’un attroupement illégal, pourront être arrêtés et poursuivis au criminel. Ces personnes n’ont pas été avisées, puisqu’elles n’ont pas pu entendre le message! Par ailleurs, il convient de faire un rappel au sujet de la notion d’attroupement illégal, prévu à l’article 63 du Code criminel. Cet article est vague et laisse un pouvoir discrétionnaire immense aux forces policières (et aux juges). Malgré cela, la cour a jugé cet article constitutionnel.

63. (1) Un attroupement illégal est la réunion de trois individus ou plus qui, dans l’intention d’atteindre un but commun, s’assemblent, ou une fois réunis se conduisent, de manière à faire craindre, pour des motifs raisonnables, à des personnes se trouvant dans le voisinage de l’attroupement :

a) soit qu’ils ne troublent la paix tumultueusement;

b) soit que, par cet attroupement, ils ne provoquent inutilement et sans cause raisonnable d’autres personnes à troubler tumultueusement la paix.

Et maintenant?

La Ville de Montréal demande au gouvernement Charest de faire quelque chose pour éviter que la ville soit le théâtre d’autres "affrontements" entre policiers et étudiants. C’est évident que d’avoir une centaine de policiers qui frappent tête baissée sur des étudiants somme toute pacifiques, ça nuit à l’image de la métropole. Il ne fait aucun doute à ce stade que la répression policière dont sont victimes les étudiants (non seulement ce printemps, mais depuis l’an passé) a pour but de casser le mouvement de protestation. Le type d’intervention auquel on assiste (ou qu’on rapporte) depuis les dernières semaines n’est pas anodin. La pression augmente pour le gouvernement Charest. Ce n’est certainement pas à coup de matraque et de poivre de cayenne qu’il pourra faire taire les étudiants. Au contraire, une approche répressive comme celle utilisée jusqu’à présent pourrait avoir des effets pervers. Plusieurs associations étudiantes invitent effectivement leurs membres à participer à la manifestation du 15 mars contre la brutalité policière. Le profilage politique nous atteint particulièrement ce printemps, il est temps de se lever debout et de dire "c’est assez!".

[1] Sur cette vidéo, à 2:36, on voit clairement qu’un policier lance une grenade assourdissante à la main et que l’explosion se fait au niveau du sol. Cela va à l’encontre du mode d’utilisation de ce type de grenade.
[2] Cela ne veut pas dire pour autant que l’on est armés de bâtons, cagoulés et dangereux.

Grève étudiante : assez de l’anecdote!

Depuis le début de la grève étudiante, on a droit a toutes sortes d’arguments, tant de la part de ceux qui s’opposent à la hausse que de leurs adversaires. Plusieurs éléments soulevés s’inscrivent dans la dichotomie collectivité vs. individualisme qui semble être le point central du débat. On peut être en accord ou non avec les arguments soulevés. Encore faut-il qu’il s’agisse vraiment d’arguments et non pas de simples anecdotes. Comme plusieurs, j’en ai ma claque de l’anecdote et de l’expérience personnelle qu’on avance comme un argument. Non, je refuse! Je veux bien débattre, mais que l’on parle de faits et non d’histoires.

Une anecdote n’est pas un argument. Pire encore, c’est un sophisme, un raisonnement fallacieux. L’histoire personnelle est souvent mise de l’avant lorsque les faits ne suffisent pas à soutenir notre position. Une anecdote personnalisée est certainement plus sexy que des faits. Cela n’en pas fait pas pour autant un argument valable. Ce désir d’utiliser l’histoire personnelle comme argument pourrait même avoir une explication historique.

Our brains are belief engines that employ association learning to seek and find patterns. Superstition and belief in magic are millions of years old, whereas science, with its methods of controlling for intervening variables to circumvent false positives, is only a few hundred years old. So it is that any medical huckster promising that A will cure B has only to advertise a handful of successful anecdotes in the form of testimonials.

Semble-t-il que l’astuce de l’anecdote serait utilisée plus souvent par le camp ayant moins d’arguments factuels. En racontant une histoire, les gens en faveur de la position défendue seront confortés dans leur croyance. J’utilise ici le mot croyance, puisque leur position est basée sur des sentiments, impressions et non sur des faits.

Too often, though, the argument by anecdote is used when the facts are stacked heavily against a position.  If you don’t have the facts, tell a story.  People will believe the anecdote because it demonstrates what they themselves believe to be true.  That’s why you’ll find more arguments by anecdotes proffered by those on the losing end of the “facts” battle.

La généralisation (abusive) à partir d’une histoire personnelle est intellectuellement malhonnête et dangereuse. Par exemple, on n’accepterait jamais que quelqu’un affirme que toutes les personnes noires (ou juives, peu importe) sont imbéciles suite à une anecdote dans laquelle il était impliqué. On dirait qu’il s’agit la d’une généralisation grossière, que son affirmation n’est pas basée sur des faits, etc. Par contre, lorsqu’on entre dans le débat sur la hausse des frais de scolarité, tous ces principes élémentaires de logique semblent disparaître. Tous rivalisent de leur passé étudiant, de la situation de leur enfant/soeur/neveu et tirent de ces anecdotes des principes généraux et les utilisent pour soutenir leur position.

J’ajouterais un autre sophisme qui est (trop) commun dans le débat. L’argument non sequitur.

Un argument non sequitur est le type d’argument où une conclusion est tirée à partir de prémisses qui ne sont pas logiquement reliées.

En effet, les anecdotes racontées n’ont souvent rien à voir avec les arguments avancés par l’autre camp. Elles sont couramment utilisées, même lorsqu’il est difficile (pour ne pas dire impossible) d’établir de lien entre les deux.

Au delà de la banalité ahurissante des histoires mises de l’avant, c’est la piètre (pour ne pas dire nulle) qualité argumentative de celles-ci qui m’agace particulièrement. Je suis bien consciente que de débattre avec des faits demande de la recherche, une certaine préparation et une connaissance du sujet. Justement, est-il légitime de débattre lorsque notre position-croyance n’est basée que sur des sentiments et impressions? Ne vaudrait-il pas la peine de se renseigner et de s’informer avant de prendre parti?

Le coût réel de la hausse

Et voilà un vidéo intéressant pour participer à la guerre des chiffres du mouvement étudiant. Je suis bien consciente de la nécessité d’élever le débat au dessus des mathématiques, mais je crois que ce vidéo pourraient en éclairer quelques-uns sur les coûts réels de la hausse annoncée.Partagez la chose avec famille/amis/voisins/animaux.

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