La souveraineté du Québec et l’environnement

par M.

Voici un article qui sera publié sous peu dans Le volontaire, un journal indépendantiste. Le paragraphe qui précède est une introduction qui paraîtra aussi et qui explique la raison pour laquelle j’ai décidé de publier mon texte sur le web, dans le Volontaire, etc.  Suivez la saga contre le Bloc Québécois qui refuse de publier gratuitement les textes écrits…

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En mai dernier avait lieu le lancement du livre "Souveraineté : Nouvelle Génération", contenant les textes de 20 jeunes souverainistes. Les textes ont été choisis parmi les soumissions reçues dans le cadre d’un concours organisé par le Forum jeunesse du Bloc Québécois. Ce recueil contient du matériel varié, articulé et original qui pourrait sans aucun doute attirer l’intérêt de différentes démographies. Malgré le potentiel extraordinaire de cet ouvrage, l’idée de publier les textes dans un média accessible et gratuit a été rejetée, en rappelant que le recueil est "à vendre". Je refuse que mon effort littéraire,pour la libération du Québec, si humble soit-il, soit soumis à une logique capitaliste par laquelle seul un nombre limité d’individus, assez fortunés pour acquérir le recueil en question, peut y avoir accès. Il est contreproductif pour le mouvement souverainiste de limiter l’accès à l’argumentaire indépendantiste en subjuguant celui-ci au carcan économique de notre temps. Je choisis donc de publier ici gratuitement mon texte.

Quoi qu’on aime en dire dans certains cercles, l’idée de l’indépendance du Québec n’est pas morte. On peut bien s’efforcer de nous faire croire qu’il s’agit d’une idée révolue que l’on devrait reléguer aux oubliettes pour le bien de « notre » pays, reste que le projet indépendantiste est toujours aussi d’actualité. Une nouvelle génération gagne peu à peu le droit de vote et un autre argumentaire en faveur de la libération politique du Québec se développe. Alors que nous entrons dans une période charnière pour le maintien d’un environnement relativement sain, il appert essentiel de chercher à comprendre en quoi l’indépendance québécoise peut servir le nouveau défi environnemental mondial.

L’idée de se séparer dans le but de faire face à une situation globalement inquiétante semblera sans doute contradictoire et même insensée au terme d’une analyse incomplète de la situation. Apparaît donc toute l’importance de saisir pourquoi la nation québécoise, par son caractère distinctif, nécessite la pleine possession de ses moyens politiques (ce qui n’est atteignable que par l’indépendance, on en conviendra) afin d’être en mesure de jouer pleinement son rôle, alors que la scène internationale est en majeure partie déjà arrêtée sur le sujet environnemental.

Le Québec est une nation. Point. Point. (Je me répète, pour donner le temps à certains de déglutir cette affirmation.) Il s’agit d’un simple fait qui est même reconnu par le gouvernement fédéral canadien. Je pourrais certainement m’étendre en longueur ici sur les raisons qui font du Québec une nation1, mais cela ne servirait que piètrement mon propos et le sujet a déjà été largement couvert par nombre de gens. En considérant le Québec et le Canada comme des entités nationales séparées, un glissement, pour ne pas dire une cassure, apparaît rapidement dans la perception et la compréhension du concept d’environnement, ou plutôt de la protection de l’environnement pour être exacte.

Je ne tenterai pas ici de convaincre qui que ce soit de la sainteté absolue du Québec en matière environnementale, ce qui serait à la fois inutile et intellectuellement malhonnête. Certains argumenteront sans doute que la côte ouest canadienne est au moins aussi verte que le Québec, que Greenpeace y est né et qu’on n’a pas de leçon à donner avec notre chasse aux phoques. Il n’en demeure pas moins qu’il existe une franche distinction dans la manière dont le Québec et le ROC gèrent les « dossiers » environnementaux, et cela ne peut être qu’une réflexion de la perception du sujet par la populace. Avec un recul historique (mince, je l’accorde), une tendance significative semble se dessiner : alors que le Québec cherche de plus en plus à s’aligner sur les positions plus progressistes de l’Europe, le gouvernement fédéral maintient une ligne qui, autrefois aurait-on dit, s’inspire de celle des Américains. Mais même cette explication ne suffit pas aujourd’hui pour définir et expliquer le retard politique canadien à ce sujet. Évidemment, plus le Canada se refuse à voir l’urgence de prendre des actions concrètes (entre autres – mais non limitées – à un engagement sérieux dans des processus de réduction de gaz à effets de serre assortis d’objectifs précis et contraignants de réduction), plus le Québec sent l’importance d’affirmer son propre désir de changement.

Face donc à cette tendance fédérale, laquelle transcende le parti au pouvoir, soit dit en passant, de minimiser l’importance de la question environnementale, l’indépendance du Québec devient rapidement nécessaire. Cela permettra à notre nation de jouer le rôle que l’on veut prendre et, je dirais même, que l’on doit prendre, dans le contexte actuel. Notre indépendance politique n’est pas seulement un atout, il s’agit d’un outil essentiel pour relever le défi environnemental.

Si le Québec souhaite avoir un véritable impact et jouer le rôle qui lui revient sur la scène internationale, il est primordial qu’il ait la pleine possession de ses moyens politiques. Cela ne peut évidemment être atteint que par l’indépendance. Les exemples où les positions québécoise et canadienne sur le sujet diffèrent pleuvent, mais les récents événements de Copenhague sont certainement un cas probant de l’urgence de faire entendre notre voix. Lors de cette importante conférence internationale, sans doute la plus importante de cette décennie concernant l’environnement, le message canadien était non seulement faible et rétrograde, mais était aux antipodes de la position et des revendications québécoises.

Il est évident que le Québec possède le potentiel humain, économique et politique pour jouer un rôle important dans la protection de l’environnement. Toutefois, son statut de province canadienne l’emprisonne dans un carcan politique et même philosophique qui éteint sa voix et l’empêche ultimement de poursuivre ses propres objectifs. Si l’on considère que l’engagement dans la lutte aux changements climatiques et à la protection de l’environnement profitent à la population mondiale; le projet souverainiste québécois se veut une manière d’atteindre une meilleure condition planétaire.

Ernest Renan écrivait en 1882 : « une nation est [...] une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore.2 » Ces sacrifices ont été nombreux et diversifiés et ont cherché à atteindre différents objectifs à travers les siècles : l’indépendance face à la Grande-Bretagne, l’opposition envers la conscription, la protection du fait français, la conservation de notre culture, le contrôle de notre économie. Aujourd’hui, un défi beaucoup plus important se montre. Il est mondial, global, et les Québécois sont prêts à y faire face. Notre totale liberté est essentielle afin que l’on puisse mener cette bataille avec notre plein potentiel. Renan déclarait aussi que « une nation n’a jamais un véritable intérêt à s’annexer ou à retenir un pays malgré lui. 3» L’indépendance politique du Québec est donc non seulement cruciale, mais aussi parfaitement légitime.

1Certains parlent d’une « nation distincte ». Il m’apparaît évident que chaque nation possède évidemment un caractère distinct, sans quoi l’idée même d’une nation ne peut exister.

2Ernest Renan. Qu’est-ce qu’une nation? Calman Lévy : Paris, 1882, p. 27.

3Renan, op. cit. p. 28

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