
Loco Locass
Hier soir c’était la Nuit blanche dans la métropole. Partout, les 13-73 ans s’en donnaient à coeur joie à célébrer la festivité montréalaise. Coin Ste-Catherine / St-Laurent, il y avait de l’action à en revendre. Fallait voir le guide de la Nuit blanche dans sa chienne rose, essayer de répondre aux 1001 questions des gens qui se demandent “c’est vers où St-Denis?”. Peu portée à ce genre de débauche collective abrutissante, je n’avais alors jamais assisté à une Nuit blanche. Reste que je ne pouvais résister à un spectacle gratuit pour célébrer les 10 ans de Bande à part, avec entre autres Loco Locass et un retour inattendu de Groovy Aardvark.
Je me suis pointée tôt, partiellement parce que j’avais peur de ne pas pouvoir entrer (même si c’est grand le Métropolis), mais surtout parce que j’étais si excitée de revoir le groupe rock/alternatif/hardcore de mon adolescence. En toute première partie, question de réchauffer la foule, Karma Atchykah donnait dans le funk/hip hop/soul bien senti. Avec deux bassistes, deux batteurs, deux choristes, ça déménageait dans la place. De l’énergie, poussée par des beats franchement accrocheurs, mais pas pour autant simplistes, ces choristes qui étaient définitivement le coeur du spectacle et la basse, groovy et funky à souhait. Bref, une excellente découverte, que j’aimerais bien revoir en partie “principale”. Mission accomplie pour cet artiste prometteur. Mention spéciale pour les paroles de la dernière chanson, alliant origine ethnique et nationalisme québécois sensé.
Le deuxième acte était assuré par Fred Fortin, le rocker du Lac St-Jean. Les trois premières chansons ont été enfilées de manière gourmande, sans un mot à la foule, après une introduction musicale quelque peu chaotique. Entre les paroles plus criées que chantées (on ne pourra pas dire qu’il n’y avait pas de passion), chaque pièce comprenait invariablement un interminable solo improvisé / jam. Bien que ce genre de formule puisse certainement satisfaire un public déjà conquis qui attend d’un acte live quelque chose de plus qu’une simble interprétation banale des chansons, je trouve qu’on s’éloignait dangereusement de la vibe de la foule. Le public, justement, était constitué de gens de divers goûts musicaux. À mon humble avis, dans ce contexte de variété, la formule “on jamme 5 minutes à toutes les chansons parce qu’on fait du rock” avait plus ou moins sa place. Je mentionne aussi la faible, pour ne pas dire inexistante interaction avec le public. Je ne sais pas si c’est l’habitude de voir des spectacles avec 50 spectateurs, mais je trouve que le fait de ne pas s’adresser au public, c’est à la limite du prétentieux, d’autant plus quand on se permet de sectiser sa musique avec des solos interminables. Enfin, peut-être que j’ai pas compris la patente. Mention spéciale à l’invité en noir (dont le nom m’échappe) dont les capacités semblaient fortement altérées par l’alcool. Aussi, mention aux calls digne d’une chanson hardcore lancés inutilement pendant le premier morceau.
Et voilà, arrivait la pièce de résistance de la soirée, un peu trop tôt dans la programmation à mon goût. Toujours est-il que la foule était assurément fébrile à l’idée de voir Groovy Aardvark remonter sur les planches après 7 ans d’absence. Dès les premières notes de basse de Vincent Peake (qui a coupé ses cheveux, mais pourquoi!?!), un moshpit commençait à se former et les bras levés brandissaient des bullhorns (que ce symbole meure svp!). Avec un enchaînement bien senti de pièces plus connues et d’autres réservées aux adeptes, Groovy était diantrement efficace, même après une absence de quelques années. Et il n’y a pas de doute : la foule suivait et se rappelait les paroles. On a même eu droit à la voix fantastique de Marc Vaillancourt (chanteur de BARF) qui est venu interpréter cette fameuse reprise du Petit bonheur de Félix Leclerc. Les cheveux au milieu du dos, le donut dans la face et le t-shirt noir au script douteux, on devinait facilement que ce gars-là est resté dans les années 1990. Reste qu’il était foutuement en forme, c’était la communion avec la foule. Mention spéciale pour avoir interprété la pièce Amphibiens et aussi au courageux cameraman au milieu du pit.
Venait ensuite le groupe We Are Wolves. L’âge de la foule à l’avant de la scène a subitement baissé de 10 ans, alors que le groupe, muni de ridicules affiches publicitaires géantes pour Sirius se produisaient sur scène. Peu impressionnée par la fourrure qu’ils portaient et leur propension à publiciser comme ça une radio satellite obscure, je me suis dit que j’allais quand même leur donner une chance. Le batteur qui joue debout, le clavièriste en complet et le chanteur/guitariste à la voix aigüe, tout était réuni pour assister à une renaissance pseudo électro/rock/hipster du fabuleux EP de The Nerves. Ce EP est sorti en 1976 et ma foi, je m’aurais volontiers passé de ce remake à la mode du 21e siècle. En passant, je suis une adepte de The Nerves, j’aime juste pas qu’on abuse de ce son power pop, surtout si c’est pour le travestir d’une telle façon. Enfin, des riffs accrocheurs, des paroles inaudibles, des problèmes techniques et des gars cute sur le stage: la foule 13-18 en redemandait, mais je suis restée sur mon appétit. Mention spéciale au fait de spécifier entre chaque morceau les importants problèmes techniques.
Et voilà, finalement Loco Locass allait se produire. Déjà avant le début de leur prestation, c’était cordé serré dans les quelques mètres à l’avant de la scène et ça jouait du coude pour se faire une place. J’ai spotté quelques 13-17 ans regarder fébrilement leur joint (pour 3) probablement difficilement acquis, en attente de la fameuse chanson Bonzaïon. Heureusement pour eux et leurs poumons déjà échaudés, le trio québécois coiffé de leur éternel bonnet néo-phrygien entamait leur 45 minutes de performance avec cette pièce. Ça sentait l’excitement et le printemps dans la foule. On a eu droit à deux nouvelles pièces de leur album qui sortira possiblement en 2056 si on est chanceux. J’ai été personnellement comblée par une introduction slam pour un de ces morceaux. La présence de l’invité Samian pour interpréter la Paix des braves a été bien sentie, saluant ainsi nos origines autochtones (du moins culturellement). La finale de la partie était assurée par le célèbre antème anti-libéral, couplé de riffs de Smells Like Teen Spirit de Nirvana (ils avaient déjà fait le coup deux ans plus tôt aux Francofolies). Environ 60 spectateurs se sont d’ailleurs retrouvés sur la scène pour la partie rigodon du morceau. Batlam a souligné cela à la toute fin, créant un parallèle entre ce geste et l’importance de prendre le contrôle souverain de notre destin. Mention spéciale à Pablo, le Français à la tronche sympathique qui portait un t-shirt de Youth of Today.
Après tout ça, j’étais crevée et j’avais déjà perdu la voix depuis Groovy Aardvark. J’ai donc mis le cap vers le Lafleur (question de refaire ses forces pour le reste du trajet). J’ai entendu quelques notes du groupe torontois Holy Fuck, dont le son et le nom ressemblent étrangement à l’autre groupe torontois Fucked Up. Encore à 3:30 am, il y avait du monde partout, St-Laurent était jammé et puis y’a fallu attendre un bout pour avoir nos frites. Une expérience fort positive donc cette première Nuit blanche. Pour terminer, mention spéciale au sympathique californien dans le métro qui nous offrait généreusement d’aller faire le party avec lui et ses quatre colocs mexicains.