Tu m'en diras tant…

Libération | humaine | animale | politique | sociale

Month: décembre, 2011

Des activistes taxés de terroristes

La Humane Society of the United States a mené plusieurs investigations secrètes au cours des dernières années. Cette photo provient d'une de ces investigations.

Des activistes qui font des investigations secrètes seraient des terroristes selon le FBI et pourraient être poursuivis en vertu du AETA (Animal Enterprise Terrorism Act). Les investigations secrètes auxquelles ont fait référence ici sont celles où des activistes inflitrent le milieu de la production agricole afin de filmer les conditions d’élevage et d’abattage des animaux. Il y a eu de nombreuses investigations de cette sorte aux États-Unis. La plus récente est probablement celle menée par Mercy For Animals chez Sparboe Egg Farms, un fournisseur de McDonald’s. La mise en ligne de la vidéo avait forcé le géant américain à rompre son contrat d’approvisionnement avec le producteur.

Au Québec, de telles investigations sont aussi chose fréquente. Récemment, il y a eu le scandale lié au Berger Blanc dont l’enquête repose notamment sur le matériel visuel obtenu sans autorisation. En 2007, GAN (Global Action Network), un groupe montréalais, avait aussi inflitré les producteurs de foie gras québécois pour mettre à jour les pratiques de l’industrie.

En vertu de l’article 43 USC 18 du AETA, les activistes investigateurs pourraient être poursuivis comme étant des terroristes. Cela a de quoi donner froid dans le dos. Il me semble que l’intérêt public exige que les consommateurs de viande, ceux qui supportent ce système, puissent savoir ce à quoi ils participent.

Those who, by their purchases, require animals to be killed, do not deserve to be shielded from this or any other aspect of the production of the meat they buy. – Earthlings.

Le FBI, par la persécution des activistes investigateurs, protège qui, quoi? La police, nous dit-on, protège la population. Or, il m’apparaît évident dans ce cas-ci (et avec les développement des événement Occupy) que la police est au service des intérêts financiers privés. Qu’on vienne me faire croîre qu’il est d’intérêt public de ne pas savoir ce que nous consommons, faites moi rire!

Dans le cas du AETA, on étire la sauce pour en à faire taire les activistes au moyen d’amendes élevées et même de menace de peine d’emprisonnement. Bien que l’on cible spécifiquement les activistes dédiés à la libération animale, il reste que cela permet de créer un dangereux précédent pour l’abolition lente de nos droits. À force de s’en remettre « aux autorités » pour nous protéger, force est de contaster qu’on en arrive à un débalencement inquiétant et à une instrumentalisation de notre besoin de sécurité pour servir des intérêts économiques illégitimes. Cinq activistes ont d’ailleurs intenté une action judiciaire avec l’aide du Center For Constitutional Freedom dans le but de faire déclarer inconstitutionnel le AETA.

Quelle est le lien avec nous, Québécois? Dans le contexte actuel où une grande partie de nos orientations politiques en matière de justice criminelle est pilotée par le modèle américain, il convient de s’effrayer. La semaine dernière on abolissait le registre des armes à feu et aujourd’hui, un député conservateur propose de donner des droits au foetus, un précédent à la criminalisation de l’avortement. On se rapproche dangereusement des Américains et de leur tendance à effriter nos droits fondamentaux; combien de temps nous faudra-t-il pour réagir?

Le Japon reprend la chasse à la baleine


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La flotte japonaise de chasse à la baleine a quitté le Japon le 10 décembre dernier. Les navires de Sea Shepherd en faisait autant le 16 décembre. Les pions se mettent en place pour ce qui pourrait être une des plus grandes confrontations dans l’océan Antarctique. Selon les documents soumis à l’IWC (International Whaling Commission), le Japon prévoit tuer plus de 900 baleines « à des fins scientifiques ». C’est que la chasse commerciale est bannie depuis 1986, mais le Japon utilise la recherche scientifique, qui est elle permise, comme excuse pour sa chasse.

Les chasseurs japonais bénéficient de l’appui du gouvernement, d’une unité de sécurité équipée pour repousser les activistes et d’un soutien financier public. Une partie de l’argent utilisée pour financer la chasse de 2012 provient en effet du fonds destiné aux victimes du tsunami du 11 mars dernier. Le gouvernement y va d’un lien sinueux pour justifier l’utilisation des deniers publics voués à la reconstruction : la chasse à la baleine permettrait de revigorer l’économie des villages côtiers touchés par le tsunami.

Paul Watson, le coloré capitaine de Sea Shepherd a clairement indiqué son intention de tout faire pour empêcher le Japon de tuer des baleines. Depuis la destruction du navire Ady Gil par les Japonais l’an dernier, la tension monte entre les deux camps. Sea Shepherd surveille de près les activités du gouvernement japonais, que ce soit en rapport avec la chasse à la baleine ou aux dauphins. L’excellent documentaire The Cove a permis de mettre à jour l’horrible chasse aux dophins qui a cours au Japon. Les activistes de Sea Shepherd ne sont toutefois pas les bienvenus. Quelques incidents récents font anticiper une vive confrontation sur les eaux de l’Antarctique.

L’an dernier, Sea Shepherd avait succédé dans sa mission. Les Japonais avait rebroussé chemin à la mi février après avoir été poursuivi jusqu’en Amérique du Sud par l’organisation de Watson et sans avoir capturé leur quota. Sea Shepherd estime à 863 le nombre de baleines épargnées. L’organisation fait présentement face à deux poursuites judiciaires. Une action est intentée aux États-Unis par un opérateur japonais de navire de pêche (de « recherche ») et une autre est intentée en Nouvelle-Zélande par le capitaine du Ady Gil qui soutient que Sea Shepherd est responsable de perte de son navire.

La chasse aux baleines défraie peu la manchette au Canada. Pourtant, en Australie et en Nouvelle-Zélande, deux pays qui profitent énormément du tourisme d’observation des baleines, il existe un fort consensus social et un support populaire pour l’abolition de la prétendue recherche scientifique du Japon. Il sera intéressant de suivre le développement des événements dans l’océan Antarctique au cours des prochaines semaines. Il pourrait s’agir d’une des dernières chasses aux baleines, une activité qui a fort mauvaise réputation sur le plan international.

*Pour voir l’excellent et troublant documentaire The Cove (La baie de la honte), c’est gratuit par ici et en français.


PETA lance son site web de porno

PETA (People for Ethical Treatment of Animals) a annoncé le lancement d’un site web dédié à la pornographie. En effet, l’organisme a décidé de profiter de la création récente du domaine .xxx pour rejoindre un nouvel auditoire. Le nouveau site web contiendra donc des images suggestives auxquelles seront aussi intégrées des images choc sur le traitement et l’abattage des animaux. PETA est connue depuis longtemps pour ses publicités provocatrices. Il semblerait que l’expression « parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en » ait trouvé écho dans la section marketing de l’organisme. Après plusieurs campagnes mettant en vedette des porn stars quasiment nues, PETA va de l’avant avec la sexualisation de son message.

Au delà de la porno – on peut être pour ou contre -, ce qui dérange, c’est le fait que PETA ne semble pas considérer qu’il existe quelque chose comme un lien entre le sexisme et le spécisme. Il s’agit pourtant d’un des liens les plus évidents et récurrents pour quiconque s’intéresse un tant soit peu à la théorie de l’oppression/exploitation. Avec le lancement de ce site web, PETA va de l’avant dans son déni de l’existence des causes communes d’exploitation et semble croire que la libération (ou du moins la moindre exploitation) d’un groupe peut se faire au profit d’un autre. On réclamera que toutes les actrices et modèles sont des adultes consentant, etc. Cependant, on évacue le fait que, dans toutes les publicités, on présente des femmes blanches, pratiquement nues, aux corps « photoshoppés », dans des positions suggestives et soumissives.

On peut se questionner fortement sur l’efficacité de l’utilisation de la pornographie pour vendre l’idée du végétarisme/végétalisme. Est-ce que ces femmes pourront vraiment, de par leurs poses suggestives, inspirer une personne à changer sa diète? Est-ce que de voir Pamela Anderson nue changera vraiment quelque chose lorsque le prochain hamburger craving se pointera? Est-ce qu’on pensera à ses seins vegans avant de commander un quadruple cheeseburger? J’en doute. Énormément. Certains argumenteront que la beauté de ces femmes sert une noble cause. Que ce soit là leur intention, d’accord, à la limite. Cela ne change toutefois rien au fait qu’elles serviront de simple plaisir visuel et de stimulation pour des hommes qui, en grande majorité, en ont rien à foutre de la manière dont sont tués les poulets au Mississipi.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je déteste PETA, mais vraiment avec ce site web, ils viennent de perdre ce qui leur restait de crédibilité et de respect. Lorsqu’on associe le mot « vegan » à cette organisation, je pense qu’on fait plus de mal que de bien à la cause.

Contrer la droit adroite (réponse à Mathieu Bock-Côté)

 

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Ce billet est une réponse à l’article de Mathieu Bock-Côté paru hier dans le 24H.

D’entrée de jeu, je dois dire que je suis surprise par la plume de Bock-Côté. Étant habituée à son langage plus académique, il est frappant de voir la simplification (pour ne pas dire le nivellement par le bas) de son message pour les lecteurs du 24H. Toujours est-il que, même en utilisant le plus commun des langages, son propos demeure à mon avis erroné et intellectuellement malhonnête.

D’abord, sa distanciation du conservatisme de Harper est certainement utile afin d’éviter une comparaison avec l’ennemi politique actuel du Québec. Par contre, il n’explique pas en quoi le conservatisme québécois serait différent de celui du ROC. Bien qu’il mentionne la présence d’un élément moralisateur dans le conservatisme canadien, force est d’admettre d’un tel élément existe aussi dans sa version québécoise. Le sénateur Boisvenu en est un exemple probant!

Pour soutenir sa proposition selon laquelle la démocratie est en régression, Bock-Côté pose trois arguments qu’il semble pour le moins surprenant d’amalgamer dans la même phrase.

« La censure est de retour, souvent au nom du multiculturalisme. »
Je suis bien d’accord pour dire que la censure est de retour, mais pas pour dire que c’est au nom du multiculturalisme. Le fait d’empêcher la présence d’un conifère illuminé dans un endroit public est significativement moins problématique au point de vue démocratique que l’utilisation des deniers publics pour financer une opération de répression politique par des arrestations de masse comme ce fut le cas au G20. Mais comme la censure et la répression politiques ne touchent que la gauche au Canada, on se garde bien d’en parler.

« Les tribunaux, à partir d’une étrange vision des « droits fondamentaux », ont confisqué la souveraineté populaire. »
Je ne suis pas certaine de voir où veut en venir l’auteur. Il s’agit probablement d’une référence aux accommodements raisonnables autorisés par la Cour Suprême. Enfin, je me permettrai de répondre en citant le juge Iaccobucci dans l’affaire Vriend : « La notion de la démocratie ne se limite pas à la règle de la majorité. »

« La bureaucratie s’installe par-tout en sacrifiant le bon sens. »
La bureaucratie sacrifie le bon sens à l’occasion, je suis d’accord. Mais de là à faire de la réduction de la taille de l’État une condition sine qua non du rétablissement de la démocratie, je trouve qu’il y a un pas. Il est dangereux de donner dans l’absolutisme des solutions, a fortiori lorsqu’on n’explique pas le raisonnement qui sous-tendent les positions proposées.

Bock-Côté, dans une élan pseudo romantique nostalgique, nous invite à renouer avec nous-mêmes, notre essence, notre héritage collectif. Encore faudrait-il savoir ce qu’est cet héritage collectif. Je n’ai aucun désir à m’associer ou à préserver les relents de notre passé colonialiste, patriarcal et religieux. Sans oublier nos origines, il ne faudrait pas répéter les mêmes erreurs que nos ancêtres par manque d’ouverture et un attachement malsain au passé.

Vient ensuite l’argument de l’éducation au Québec. La situation est critique, j’en conviens. Si on n’apprend rien à nos enfants, c’est à mon avis plus lié à une débilisation généralisée de la société et l’instrumentalisation de l’éducation qu’à un complot visant à miner l’identité culturelle québécoise. « L’école est le lieu où une société apprend à ses enfants dans quelle civilisation ils vivent » écrit l’autre. Il est peut-être là le problème! Et si on apprenait à nos enfants à penser, discuter et bâtir la société dans laquelle ils veulent vivre, plutôt que de leur inculquer que le statu quo est la seule possibilité, peut-être arriverait-on à d’autres résultats.

Le conservatisme existe au Québec et, à l’encontre de l’auteur, je crois qu’il a toute les raisons d’être complexé! Lorsqu’on prend en compte le fait que les X (les « écouteux » de radio, pas la génération) sont les conservateurs québécois les plus diffusés et probablement parmi les plus influents, il y a de quoi être particulièrement troublé. Que le conservatisme de Bock-Côté ait peu en commun avec celle des X c’est possible, mais force est d’admettre qu’aux yeux du public, la différence est minime.

L’auteur termine en édifiant le conservateur comme défenseur de la liberté et de la démocratie. Il semble pertinent de rappeler qu’il ne possède pas le monopole de la vertu à ce sujet. Nombre de régimes inspirés par le « modernisme » se montrent capables à la fois de protéger leur héritage culturel et identitaire sans pour autant se replier sur eux-même. Il est possible de conjuguer une conception classique de l’identité – l’espace politique neutre – sans tomber dans une version moderne de la dictature de la majorité comme semble le suggérer Bock-Coté.

Ce genre de texte simpliste et foncièrement fallacieux par son manque de finesse semble être de plus en plus commun. Il est malheureux de constater que l’on donne aussi facilement dans ce type de pamphlet vide d’essence par intérêt politique ou autre raison. Il est impératif que l’on demeure critique face à de telles tentatives insinuantes d’ « adroitiser » la population. Cette vigilance est d’autant plus cruciale lorsque l’auteur à le bénéfice d’une visibilité accrue et, j’ajouterais, d’une éducation qui peut facilement soutenir un appel à l’autorité.

 

*Le titre de l’article est partiellement inspiré de la chanson Super Mario de Loco Locass

L’effritement de nos droits : Le Sénat américian va de l’avant

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Mardi dernier, le Sénat américain a voté en faveur d’une loi qui a de quoi donner froid dans le dos même pour nous, voisins du nord. Le National Defense Authorization Act for FY 2012 (la loi annuelle qui permet les dépenses militaires) a été voté à majorité et le président Obama a menacé d’y opposer son veto. Cette loi, pour le moins inquiétante, a pour effet de permettre aux militaires américains d’arrêter et de détenir des (présumés) terroristes sans poursuite ni procès. Ces arrestations et détentions pourront se faire tant sur le territoire américain qu’à l’international et visent les Américains au même titre que les étrangers.

Ce type de législation, qui a pour but avoué de lutter contre le terrorisme, est plutôt discutable. En effet, le Secrétaire à la Défense, le directeur du National Intelligence, le directeur du FBI et le président de la Division de la sécurité du Département de justice nationale ont affirmé que les mesures apportées par la loi étaient contre-productives et nuisibles. Il y a ici matière à réflexion sur le désir démesuré et apparemment illogique du Sénat à adopter cette loi.

Je suis surprise que la droite (la vraie) ne se lève pas contre de telles lois. Il me semble que lorsqu’on touche à nos droits personnels, il devrait y en avoir quelques-uns de l’autre coté de l’échiquier politique pour gueuler au moins aussi fort. Y a-t-il encore quelque chose comme une droite critique et allumée? Probablement, mais il me semble qu’elle est malheureusement mise dans l’ombre par leurs confrères obsédés par la sécurité. (Ok, il y a Ron Paul, républicain du Texas, qui a fait part de ses inquiétudes sur le projet.)

Dans le contexte actuel de frénésie (je dirais délire) sécuritaire, il est commun, accepté et même attendu que l’on sacrifie nos droits personnels pour l’honorable cause de la « sécurité nationale ». Au diable les procès et les principes de justice fondamentale si vous êtes un terroriste ou si on a décidé que vous en étiez un. À cet égard, le cas de Daniel Andreas San Diego qui figure sur la liste des Most Wanted Terrorists du FBI et qui est soupçonné pour deux attentats à la bombe dans des laboratoires de recherche est parlant. Les attentats en question, commis sous la bannière du Animal Liberation Front, n’ont fait aucune victime humaine ni animale (il s’agit d’une des lignes directrices du ALF).

Considérant le penchant de notre premier ministre Harper à donner dans la répression du crime de manière agressive et à s’inspirer de nos voisins du sud côté législatif, il faut s’attendre au pire. Jusqu’où est on prêt à aller dans la lutte au terrorisme pour assurer la sécurité nationale? Combien de lois, règlements et jugements faudra-t-il avant que l’on ouvre les yeux sur l’amputation de nos droits les plus fondamentaux? La tendance actuelle est à la simplification du débat, aux généralisations inappropriées, aux appels répétés au nationalisme et à l’évacuation des opinions divergentes. Dans un tel contexte, il n’est pas seulement nécessaire, mais crucial de conserver un scepticisme prudent et un oeil critique envers toute tentative de diminution de nos droits personnels au nom d’un supposé intérêt supérieur collectif.

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