L’effritement de nos droits : Le Sénat américian va de l’avant

by M.

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Mardi dernier, le Sénat américain a voté en faveur d’une loi qui a de quoi donner froid dans le dos même pour nous, voisins du nord. Le National Defense Authorization Act for FY 2012 (la loi annuelle qui permet les dépenses militaires) a été voté à majorité et le président Obama a menacé d’y opposer son veto. Cette loi, pour le moins inquiétante, a pour effet de permettre aux militaires américains d’arrêter et de détenir des (présumés) terroristes sans poursuite ni procès. Ces arrestations et détentions pourront se faire tant sur le territoire américain qu’à l’international et visent les Américains au même titre que les étrangers.

Ce type de législation, qui a pour but avoué de lutter contre le terrorisme, est plutôt discutable. En effet, le Secrétaire à la Défense, le directeur du National Intelligence, le directeur du FBI et le président de la Division de la sécurité du Département de justice nationale ont affirmé que les mesures apportées par la loi étaient contre-productives et nuisibles. Il y a ici matière à réflexion sur le désir démesuré et apparemment illogique du Sénat à adopter cette loi.

Je suis surprise que la droite (la vraie) ne se lève pas contre de telles lois. Il me semble que lorsqu’on touche à nos droits personnels, il devrait y en avoir quelques-uns de l’autre coté de l’échiquier politique pour gueuler au moins aussi fort. Y a-t-il encore quelque chose comme une droite critique et allumée? Probablement, mais il me semble qu’elle est malheureusement mise dans l’ombre par leurs confrères obsédés par la sécurité. (Ok, il y a Ron Paul, républicain du Texas, qui a fait part de ses inquiétudes sur le projet.)

Dans le contexte actuel de frénésie (je dirais délire) sécuritaire, il est commun, accepté et même attendu que l’on sacrifie nos droits personnels pour l’honorable cause de la « sécurité nationale ». Au diable les procès et les principes de justice fondamentale si vous êtes un terroriste ou si on a décidé que vous en étiez un. À cet égard, le cas de Daniel Andreas San Diego qui figure sur la liste des Most Wanted Terrorists du FBI et qui est soupçonné pour deux attentats à la bombe dans des laboratoires de recherche est parlant. Les attentats en question, commis sous la bannière du Animal Liberation Front, n’ont fait aucune victime humaine ni animale (il s’agit d’une des lignes directrices du ALF).

Considérant le penchant de notre premier ministre Harper à donner dans la répression du crime de manière agressive et à s’inspirer de nos voisins du sud côté législatif, il faut s’attendre au pire. Jusqu’où est on prêt à aller dans la lutte au terrorisme pour assurer la sécurité nationale? Combien de lois, règlements et jugements faudra-t-il avant que l’on ouvre les yeux sur l’amputation de nos droits les plus fondamentaux? La tendance actuelle est à la simplification du débat, aux généralisations inappropriées, aux appels répétés au nationalisme et à l’évacuation des opinions divergentes. Dans un tel contexte, il n’est pas seulement nécessaire, mais crucial de conserver un scepticisme prudent et un oeil critique envers toute tentative de diminution de nos droits personnels au nom d’un supposé intérêt supérieur collectif.

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