Grève et manifestation : réponse au SPVM

par M.

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La manifestation étudiante de mercredi dernier devant les bureaux de la CRÉPUQ s’est malheureusement terminée par un coup d’éclat. Fumigènes, bombes assourdissantes, blessés et arrestations. L’intervention du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment après la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux [1]. Ian Lafrenière, relationniste du SPVM, a fait de nombreuses déclarations malhonnêtes pour justifier l’intervention policière. Il convient de rétablir les faits.

1. Les manifestants n’ont pas fourni le trajet aux forces policières.

Il n’existe aucune obligation légale de fournir le trajet de la manifestation aux forces policières. Il est surprenant que l’on assimile cela à un manque de collaboration de la part des étudiants. Plusieurs autres groupes, souvent méfiants de la police, font de même lors de leurs manifestations à Montréal. Certes, le travail de la police serait facilité s’ils avaient notre trajet. On peut aussi pousser plus loin et dire que leur travail serait plus aisé si on ne manifestait pas tout court! Le but de cette manif-action (différente d’une manifestation ordinaire) était d’avoir un effet surprise. Il va sans dire que cet effet n’aurait pu être créé si on avait révélé au SPVM le plan d’action! Les manifestants, à l’exception des organisateurs, ne connaissaient pas non plus le trajet. Le but d’une manif-action est de créer un buzz et de déranger le déroulement normal des choses. Ce n’est pas le genre de manifestation qu’on fait à la légère, ni avec des fleurs à la main. [2]

2. Des projectiles ont été lancés aux forces policières.

Selon différentes versions des faits, il y aurait eu des balles de neige et possiblement un coeur de pomme lancés aux policiers anti émeute. Est-ce qu’on peut utiliser notre bon jugement ici? Est-ce que le fait qu’un (ou qu’une poignée) d’individu(s) lance des balles de neige aux policiers – en costume anti émeute! – justifie que l’on utilise des armes de contrôle des foules et de surcroît de façon irresponsable? Est-ce que nos policiers sont trop incompétents pour être en mesure de cibler ces individus et de les arrêter, sans devoir tourner la manifestation en une scène digne de l’Égypte? Si les policiers sont le bras armé de l’État (à l’interne), possèdent le monopole de la violence légitime et ont le devoir de faire respecter la loi, on pourrait au moins s’attendre à ce niveau là de compétence! À mon avis, les "projectiles" n’étaient qu’une piètre excuse, utilisé de façon maladroite par le SPVM, pour justifier la présence des escouades tactiques (et leur salaire de la journée). Comme le disait Manuel Johnson, étudiant en droit à l’UQÀM :

Mes enfants me lancent souvent des balles de neige. Je ne leur rentre pas dedans avec une matraque et le poivre de cayenne!

3. Des personnes désiraient se rendre dans l’édifice pour y recevoir des soins médicaux.

Le 500 Sherbrooke ouest abrite la CRÉPUQ, mais aussi une clinique médicale et pédiatrique. Selon Ian Lafrenière, des personnes désiraient se rendre dans l’immeuble pour y recevoir des soins médicaux, ce qui justifie l’intervention policière. D’abord, j’aimerais préciser que les manifestants auraient certainement été enclins à négocier un "droit d’entrée" pour les personnes désirant recevoir des soins médicaux. Par ailleurs, l’intervention policière bâclée, et, je le répète, l’utilisation démesurée des grenades assourdissantes et autres armes non létales n’était en aucun cas nécessaire pour libérer l’entrée de l’édifice. Au lieu de se pointer avec l’escouade anti émeute et de faire son spectacle, le SPVM aurait pu adopter une position plus souple. Cela aurait non seulement permis d’éviter des "débordements" (de leur part), mais aussi de sauver l’oeil de Francis Grenier. Comme je l’ai déjà dit, le SPVM doit adopter une autre tactique d’intervention (de négociation plutôt) s’il désire conserver sa crédibilité et sa légitimité.

4. Les étudiants ont refusé de quitter après l’avis.

L’avis de dispersion (attroupement illégal) a été donné par Marc St-Cyr, chef du PDQ 20, à 13h32. Comme dans la plupart des manifestations, les participants qui ne se trouvent pas un rayon de 25 mètres des haut-parleurs ne peuvent entendre le message. Bref, sans le savoir, ils font ainsi partie d’un attroupement illégal, pourront être arrêtés et poursuivis au criminel. Ces personnes n’ont pas été avisées, puisqu’elles n’ont pas pu entendre le message! Par ailleurs, il convient de faire un rappel au sujet de la notion d’attroupement illégal, prévu à l’article 63 du Code criminel. Cet article est vague et laisse un pouvoir discrétionnaire immense aux forces policières (et aux juges). Malgré cela, la cour a jugé cet article constitutionnel.

63. (1) Un attroupement illégal est la réunion de trois individus ou plus qui, dans l’intention d’atteindre un but commun, s’assemblent, ou une fois réunis se conduisent, de manière à faire craindre, pour des motifs raisonnables, à des personnes se trouvant dans le voisinage de l’attroupement :

a) soit qu’ils ne troublent la paix tumultueusement;

b) soit que, par cet attroupement, ils ne provoquent inutilement et sans cause raisonnable d’autres personnes à troubler tumultueusement la paix.

Et maintenant?

La Ville de Montréal demande au gouvernement Charest de faire quelque chose pour éviter que la ville soit le théâtre d’autres "affrontements" entre policiers et étudiants. C’est évident que d’avoir une centaine de policiers qui frappent tête baissée sur des étudiants somme toute pacifiques, ça nuit à l’image de la métropole. Il ne fait aucun doute à ce stade que la répression policière dont sont victimes les étudiants (non seulement ce printemps, mais depuis l’an passé) a pour but de casser le mouvement de protestation. Le type d’intervention auquel on assiste (ou qu’on rapporte) depuis les dernières semaines n’est pas anodin. La pression augmente pour le gouvernement Charest. Ce n’est certainement pas à coup de matraque et de poivre de cayenne qu’il pourra faire taire les étudiants. Au contraire, une approche répressive comme celle utilisée jusqu’à présent pourrait avoir des effets pervers. Plusieurs associations étudiantes invitent effectivement leurs membres à participer à la manifestation du 15 mars contre la brutalité policière. Le profilage politique nous atteint particulièrement ce printemps, il est temps de se lever debout et de dire "c’est assez!".

[1] Sur cette vidéo, à 2:36, on voit clairement qu’un policier lance une grenade assourdissante à la main et que l’explosion se fait au niveau du sol. Cela va à l’encontre du mode d’utilisation de ce type de grenade.
[2] Cela ne veut pas dire pour autant que l’on est armés de bâtons, cagoulés et dangereux.